L'Abysse, porte entre les mondes 1e partie 09/01/09
Cher lecteur, je ne sais pas comment tu est tombé sur ces textes étranges, sortant de l’ordinaire, très différents des romans de poche et des livres bidons qui congestionnent le vaste monde littéraire. Il y a certes quelques incontournables, lectures qui marqueront notre vie émotive, psychologique, spirituelle. Ces lectures frappantes sont sans aucun doute le fruit d’une expérience vécue non moins vive, qui finit par nous pousser à exprimer par des métaphores, des images, ce qui se passe à l’intérieur. La toute puissance du verbe est sans bornes, captivant nos esprits et les amenant à pénétrer dans l’univers de l’autre. Et toi dont les yeux se tournent vers mes mots, et qui a fait au moins l’effort de les lire jusqu’ici, écarte ce texte si tu veux éviter les cauchemards. La magie est réservée à ceux qui ont fait un pacte avec Lucifer, en embrassant la totalité des choses vécues sans jugement. Te sens-tu prêt à pénétrer dans le temple sans murs et sans toit?
Ai-je éveillé au moins quelque désir chez toi, cher lecteur, d’en savoir plus? En regardant de plus prêt ce sentiment d’envie, peut-tu identifier ce qui ressent? Ce qui perçoit, c’est l’entrée dans ce monde intérieur qui permet d’accéder aux autres mondes. Cette porte est le puits de sagesse, l’accès à toute connaissance, à toute création. Le puits chez les druides est le symbole de la communication avec l’au-delà, l’eau des émotions et la terre des songes. Passer de l’idée à l’acte, c’est donc maintenant la plus grande difficulté que l’on aborde. Car en ayant accès à ce puits profond, sans limites, la totalité de l’être, ses métamorphoses et ses possibilités sont vues clairement. Cela peut être très perturbant car on ne sait pas ce que ces mondes nous réservent. Les résultats viendront des efforts que l’on mettra pour nous harmoniser – améliorer ne serait pas un bon mot dans ce cas, car basé sur des idées, des concepts, et non pas des sentiments.
Cet état de l’être entre les mondes, on l’appelle abysse, ou abîme dans la tradition occidentale. Pour bien comprendre ce concept dans la théorie, il faut d’abord savoir qu’il renvoie principalement au chemin que l’adepte doit parcourir selon la Kabale. Récapitulons simplement. Les dix sphères de l’arbre de vie, ou « chakras cosmiques » sont symbolisées par les planètes, de la Terre jusqu’à Saturne, comptant aussi traditionnellement comme sphères supérieures, le Zodiaque et la Couronne. Le parcours de l’adepte se fait en remontant les sentiers reliant les sphères, qui se comptent au nombre de 22. Ils sont en fait les Acanes majeurs du Tarot et leur étude peut nous révéler beaucoup sur le parcours de l’adepte, le « fou ». Cela signifie symboliquement que nous nous incarnons sur terre, et que nous devons « habiter à nouveau » les sphères jusqu’à l’unité totale de l’être, symbolisé par le Monde, dernière carte des Arcanes majeurs. Comme cela est aussi applicable à l’intérieur de nous mêmes, ce chemin parcouru sur les sentiers de la vie se fait donc en parallèle sur tous les niveaux de l’être.
Les Sphères et les Maisons
Ces dix sphères sont représentées par des grades, étapes initiatiques mystiques, dans l’ordre de la Golden Dawn. Un grade donné par un ordre ésotérique ne peut nous conférer de façon certaine et définitive un avancement quelconque sur le chemin de la vie. Personne ne peut nous donner les clefs, il nous faut les trouver nous-mêmes. Certes les initiations de transmission sont profitables et bénéfiques, mais elles ne sont pas des garanties. Il m’est arrivé de lire des exposés de magiciens, si grands et érudits soient-ils, répéter qu’après qu’ils aient reçu telle ou telle initiation, leur vie avait changée, qu’ils pouvaient maintenant accéder à telle ou telle connaissance, ou contact avec les dieux. Cela leur permettait donc d’écrire des textes « révélés » qui les justifierait dans leur désir de fonder des nouvelles « religions » ou cultes de la personne. Quoi que nous vivions, peu importe ce que nous avons à traverser, nous sommes toujours la même essence, ce qui est éternel en nous, ne change pas. Nous sommes tous ces divinités qui nous habitent. Pourquoi alors faire le culte d’un grand mage qui aurait reçu des révélations extraordinaires?
Donc ces « étapes », que sont-elles véritablement si elles ne sont pas des transmissions? Un passage d’état à un autre dans la réalisation de soi. Rien de bien défini, car nous allons souvent repasser au même endroit, comme pour être certain que nous ayons bien compris. Parfois nous arrivons à harmoniser plusieurs sphères entre elles. Et ce sont dans ces moments que la vie nous apparaît légère, belle et vivante, pleine de gratitude et de bonté.
Parfois certains aspects de notre vie vont très bien, comme les aspects professionnels, financiers, mais par contre sur le plan des sentiments nous nous sentons profondément blessés. Pour d’autres ce sera au niveau de la santé, des études, des relations familiales, des relations avec notre entourage, la mort, ou la naissance d’un proche, etc. Ces facteurs majeurs qui influencent nos vies sont souvent reflétés par nos rêves. Ils sont représentés par les douze maisons astrologiques, et forment ce que nous appelons le « corps astral ». J’y ajouterais même probablement une treizième sphère, celle de la mystique profonde, correspondant au signe oublié du Zodiaque, Ophiucus, qui se situe entre la constellation du Scorpion et celle du Saggitaire. Il pourrait correspondre avec ce que l’âme a comme plan pour notre vie future, et ce que nous ressentons façe aux nouveaux défis. On peut très bien se servir des maisons astrologiques pour un tirage de Tarot. Ce qui les caractérise c’est le fait d’explorer les aspects de la personnalité de façon complète en interrelation l’un envers l’autre. Elles sont plaçées en cercle comme celui du Zodiaque, avec le bélier à gauche de ce cercle, et disposées de façon antihoraire.
1- Vie, constitution, personnalité - Bélier 2- La fortune, chance et possessions- Taureau 3- Frères et sœurs, amis, éducation- Gémeaux 4- Parents, foyer - Cancer 5- Vie sensuelle, plairis, descendance- Lion 6- Santé, travail. – Vierge 7- Mariage, vie publique, contrats - Balance 8- Mort, deuil, faillite, séparation, guerre et procès - Scorpion 9- Intellect, voyages à l’étranger, haute politique, sports- Saggitaire 10- Carrière, dignités, considération et influence sociale - Capricorne 11- Amis, relations sociales, espérances et désirs - Verseau 12- Ennemis, revers de fortune, complexes refoulés- Poissons
(13-Vie mystique. – Ophiucus)
Je voulais donc en venir ici pour vous expliquer la relation entre les sphères et l’abysse. Les planètes, représentations des aspects personnels de notre vie, notre corps, nos émotions, etc. voyagent à travers le zodiaque, ou ces aspects extérieurs de notre vie que je viens d’exposer ici. Ce sont les événements qui nous modèlent, nous influencent et font de nous ce que nous sommes. C’est à partir de cette observation - qui, bien que subjective, est un reflet des choses que la science ne peut pas quantifier- que la diviniation par les cartes et par l’astrologie est rendue possible. Nous passons tous par ces étapes bien que de façon morcelée, sporadique et cyclique.
De la conscience matérielle, celle que nous découvrons enfant, nous évoluons à travers les sphères pour atteindre une conscience plus élevée. Nous comprenons les émotions durant la petite enfance (Luna), ensuite la communication au stade de l’enfance (Mercurii), pour découvrir la créativité et l’amour (Venus) à l’adolescence. Le stade du Soleil est atteint chez les jeunes adultes ayant eu une jeunesse et une famille relativement saine, ce qui est particulièrement rare en ces jours. Le stade de Mars est celui d’une carrière qui se forme, ou bien d’une personnalité extravertie, dominante, créatrice ou destructrice. Celui de Jupiter est l’accomplissement d’une profession et d’une famille, la compréhension de la justice et de la bonté envers tous les êtres, et le sens d’avoir profité de la vie. Celui de Saturne est un stade qui reflète la compréhension profonde de et de sa vie sur Terre, en relation avec la Déesse – Mère, et est aussi le passage obligé de la mort, la fuite inexorable du temps. Les mages disaient que les deux dernières sphères (Chokmah, Kether) comme états de conscience réalisés ne sont pas vraiment accessibles par le commun des mortels. Bien sûr tous ces aspects sont toujours retravaillés par nos différents sens; il n’y a pas de début, pas de fin, mais bien plusieurs fils composant la trame de nos vies. Ce n’est qu’un des nombreux exemples de l’application de la théorie astrologique à la psychologie.
Ces différents stades évolutifs ont souvent été comparés aux sept chakras. Ces malins prêcheurs nous ont convaincus que la majorité des gens n’avaient pas dépassé le troisième chakra, celui de l’ego, vers le quatrième, celui du cœur - ce qui est bien sûr beaucoup plus complexe que cette simple affirmation. Je crois qu’ils tentaient d’affirmer l’existence d’un gouffre entre l’amour-propre et le véritable amour spirituel, qui englobe toute chose, en quelque sorte un gouffre semblable à l’abysse. Tous nos centres d’énergies, bien que souvent latents et encrassés, sont toujours là, il ne s’agit que de souffler un peu sur les braises. La plupart des gens ne sont tout simplement pas prêts à changer, mais ils savent au fond d’eux-mêmes toute la vérité sur leur propre vie, ce que personne d’autre ne pourrait savoir. Quand je tire quelqu’un au tarot je ne me surprend plus qu’elle me réponde que ce que je lui dis, elle le savait déjà dans son fors intérieur. Comme l’arbre est contenu tout entier en une seule de ses graines, les fruits de notre personne, même si nous changeons constamment, ne sont que les nôtres, portent notre « signature » astrale. C’est ceci qu’est notre âme, la source de tout notre être, la chrysalide qui permettra la métamorphose. J’y reviendrai dans un article concernant les métamorphoses chamaniques.
L’Abysse serait le pont entre les sphères inférieures et les sphères supérieures, entre le Soleil et Mars – entre la compréhension de la personnalité intime (les sept premiers arcanes), et l’action du magicien (sept seconds arcanes, plus alchimiques cette fois), lui permettant le contact avec les mondes supérieurs (sept derniers). Parce que pour provoquer le changement il faut agir et en accepter les conséquences. C’est donc en passant ce fameux gouffre que l’on devient véritablement un mage – du Dieu-Soleil, Odin, Osiris - le roi que nous devons sacrifier, pour parvenir enfin au guerrier, le fils – Horus ou Thor. Telle celle des grands héros, notre aventure sera parsemée d’échecs et de réussites, et nous réservera soit une mort cruelle, soit de grands honneurs, sur Terre ou dans l’au-delà. Peut-être aurons-nous la chance de soulever le voile d’Isis et de pénétrer ainsi dans le sanctuaire caché de l’accomplissement.
Concernant Daath
Quelle est cette fameuse non-séphire?[1] Daath est située au centre des six sphères supérieures. Gareth Knight l’identifie à la connaissance secrète née de l’union de toutes les sphères. Il la relie à Isis parce qu’elle est en pleine possession de ses pouvoirs magiques, de par sa relation avec Sirius, sa quête sacrée de retrouver le corps d’Osiris, et de par ses mystères qui nous ont été transmis par l’entremise de la Vierge Marie. Il émet la thèse que les modèles des grands héros, Prométhée, Jason, Pallas Athéné, Persée et Galaad par exemple, sont de par leur actes symboles de l’accomplissement de Daath. Ce qui les caractérise c’est leur quête personnelle, sacrée, à laquelle ils consacrèrent toute leur existence. Il ajoute que les deux têtes du caducée d’Hermès, lorsque placé sur l’Arbre de Vie, se rejoignent en Daath.
« Sur l’Arbre, on pourrait dire qu’elle est à califourchon sur l’Abîme, cet abîme étant le gouffre, une analogie supérieure du gouffre en desssous de Tipheret, qui sépare les réalités nouménales et phénoménales. […] Daath est donc l’unité la plus élevée dans le monde des formes. On pourrait dire que la méditation du Logos a lieu en Daath car c’est à partir d’elle que les forces supérieures sont attirées à travers l’Abîme pour se manifester dans la forme comme connaissance abstraite. » (Guide pratique du symbolisme de la Qabal, p. 123-124)
D’où l’analogie avec Isis Uranie, la porte entre les mondes inférieurs et supérieurs, la déesse ailée de la connaissance secrète. Et voici ce qu’il nous dit enfin, en parlant d’un sentier secret entre menant de Chésed vers Daath:
« (…) et ce chemin peut être terrible car il s’agit de l’Obscure Nuit de l’Ame du mystique, mais sur un plan supérieur à l’expérimentation humaine .» (op. cit. p.132)
Les mondes infernaux Pour ma part, je fais correspondre l’abysse avec la ceinture d’astéroïdes qui sépare, dans notre système solaire, Mars de Jupiter, ainsi qu’aux comètes. Selon les anciens Sumériens, ces éclats sont les débris d’une collision gigantesque qui aurait heurté notre système solaire à ses tout débuts, conséquence de l’entrée soudaine d’une immense planète et de ses satellites dans notre orbite. Cette impact fatal pourrait expliquer pourquoi Uranus tourne penchée sur son axe, ou pourquoi d’autres planètes ont une orbite plus inclinée. Une ceinture de comètes en orbite dite ceinture d’Oort, beaucoup plus loin que nous mais évoluant tout de même autour du soleil, est aussi un témoignage de cet impact important. Les comètes ont toujours annoncé aux yeux des magiciens de grands présages, comme s’ils étaient les rappels de ce malheur lointain lorsque notre système solaire éclata et que notre planète fut presque détruite – et l’on suppose qu’elle donna naissance à la Lune. Suivant ce raisonnement pour le moins subjectif, les astéroïdes représentent donc ce qui nous sépare des mondes supérieurs, l’impossibilité que l’on a d’atteindre ces sphères par notre conscience normale. Les comètes, elles, seraient les messagères des révolutions du temps, ce qui finit toujours par nous ratrapper; la mort, le passage et la renaissance. Solution? Passez Daath et réclamer 200$!
L’abysse, c’est aussi cette porte par lequel l’être s’incarne, celle qu’il traverse quand il change d’état de conscience, vis, rêve, baise et meurt. Elle porte le nom de Yog Sothoth qui, selon le romancier Lovecraft, est la résidence et le passage obligés des anciens qui doivent revenir sur Terre. C’est, dans son mythe, la circonférence d’une sphère infinie dont Azathoth en serait le point central. Lovecraft lui-même tirait une somme considérable d’information occulte et d’idées littéraires dans ses rêves lucides abyssaux et sombres, durant lesquels ils voyait différentes scènes et créatures, ce qui l’amena à une forme d’écriture automatique avec laquelle il rédigea plusieurs de ses nouvelles.
“The Old Ones were, the Old Ones are, and the Old Ones shall be. Not in the spaces we know, but between them, They walk serene and primal, undimensioned and to us unseen. Yog-Sothoth knows the gate. Yog-Sothoth is the gate. Yog-Sothoth is the key and the guardian of the gate. Past, present, future, all are one in Yog-Sothoth. He knows where the Old Ones broke through of old, and where They shall break through again.” (Lovecraft, in Cults of Chtulhu, by fra. Tenebrous, e-book p.12)
Un occultiste du siècle passé, Kenneth Grant, a lui aussi identifié l’abysse avec ce passage profond, englobant toutes les sphères, et gardé par l’esprit des pouvoirs du mal lui-même, le reflet impie de Dieu. Le Gardien de l’Abysse, Choronzon, serait redoutable, à en croire les légendes qui courent au sujet que Crowley, qui serait mort de ne pas avoir pu le bannir convenablement après l’avoir invoqué. Le gardien de cette porte est d’ailleurs présent sous différentes formes dans la plupart des traditions occultes. Cette mystérieuse voie de la « sphère qui n’en est pas une », selon le Sepher Yetzirah, n’a jamais été bien évoquée par les anciens érudits ; serait-elle trop « risquée » ? Ne disait-on pas dans l’antiquité que tout candidat à l’initiation le faisait à ses risques et périls, après de sévères avertissements et maintes recommandations? Serait-il le cerbère de Pluton avec ses trois gueules prêt à engloutir le premier venu? Et Cthulhu, appelé « Seigneur de l’Abysse des Eaux», serait-ce le grand fleuve du subconscient par lequel toutes les âmes soumises à la réincarnation transigent, guidés par le sombre Charon ? Chaque piste fait naître de nouvelles questions…
“The British occultist Kenneth Grant has described Yog-Sothoth as embodying “‘the supreme and ultimate blasphemy in the form of the Aeon (yog or yuga) of Set (Sothoth = Set + Thoth)”4. On the qabbalistic Tree of Life, Yog-Sothoth can be attributed to Da’ath, the eleventh (or ‘non’) sephirah, where the identification is with Choronzon, the Guardian of the Abyss whom Crowley called “the first and deadliest of the powers of evil”, and whose number is 333, that of Chaos and Dispersion.” (Cults of Chtulhu, by fra. Tenebrous, e-book, p.13 )
L’auteur de ces lignes, Frater Tenebrous, dans son arbre de vie Lovecraftien, relie entre autres Daath (Yog-Sothoth) à Uranus. Voilà un lien intéressant avec Isis Uranie… Ur-Ana était l’antique déesse des montagnes, lieu de rencontre entre la terre et le ciel. Ouranos, lui est le dieu-ciel, et avec Gaïa, il enfanta les douze Titans, ces douze génies du Zodiaque. La planète Uranus représente l’indépendance, le dynamisme et l’autonomie. C’est une recherche de liberté et du nouveau, mais solidaire à la nature. C’est la planète des inventeurs, des rebelles, des artisans, de tout les créateurs. Et Frater Tenebrous de relier aussi, étonamment, suivant la traditionelle sphère de Saturne Binah, Neptune pour Chokmah et Pluton pour Kether![2]. Ahhh ce cher Pluton, qui enleva l’innocente nymphe Proserpine pour la marier aux enfers!
C’est la connaissance de soi accomplie, mais éclatée, perdue dans le samsara, le purgatoire de l’existence, parce qu’elle recherche son origine, sa mission dans l’existence. L’âme est etourée de démons qui hurlent « je suis légion! » Les forces du chaos et de la discorde égarent le chercheur. Le temps la retient inexorablement sur terre et l’âme se réincarne. Tous les aspects de l’être doivent être équilibrés pour ouvrir la porte – l’ultime passage vers la connaissance et les pouvoirs secrets. L’équilibre fragile et androgyne des piliers du temple, le passage de cette « porte » ultime, semble être la solution alchimique de cette énigme. Cela hante tous les magiciens et les poètes, le contact avec ce qui a été perdu lors de la chute : l’innocence et la pureté du cœur, l’or philosophal, le joyau d’Avalokiteshvara qui donne toutes les richesses de l’âme. Les tibétains appellent cet obstacle « les trois nœuds du cœur », qu’il nous faut dénouer avant de pouvoir unir dans le cœur la goutte blanche et la goutte rouge. Même si l’on connaît le chemin qui mène à la sortie, il nous faut parcourir la route. C’est l’état nostalgique sans limites qui précède l’ultime contact avec le divin et qui engouffre dans la mélancolie les esprits les plus forts. Les plus grands poètes, des rois David et Salomon, aux tragédies grecques jusqu’à Dante, Baudelaire et Nelligan, nous ont livrés les plus beaux témoignages de l’abysse, la nuit noire de l’âme.
L’irrémédiable(Les fleurs du mal, LXXXIV)
Une Idée, une Forme, un Être Parti de l’azur et tombé Dans un styx bourbeux et plombé Où nul œil du ciel ne pénètre
Un ange, imprudent voyageur Qu’a tenté l’amour du difforme, Au fond d’un cauchemard énorme Se débattant comme un nageur,
Et luttant, angoisses funèbres! Contre un gigantesque remous Qui va chantant comme les fous Et pirouettant dans les ténèbres;
Un malheureux ensorcelé Dans ses tâtonnements futiles, Pour fuir d’un lieu plein de reptiles, Cherchant la lumière et la clé;
Un damné descendant sans lampe, Au bord d’un gouffre dont l’odeur Trahit l’humide profondeur. D’éternels escaliers sans rampe,
Où veillent des monstres visqueux Dont les larges yeux de phosphore Font une nuit plus noire encore Et se rendent visibles qu’eux;
Un navire pris dans le pôle, Comme en un piège de cristal, Cherchant par quel détroit fatal Il est tombé dans cette geôle;
- Emblèmes nets, tableau parfait D’une fortume irrémédiable, Qui donne à penser que le Diable Fait toujours bien tout ce qu’il fait!
Tête à tête sombre et limpide Qu’un cœur devenu son miroir! Puits de Vérité, clair et noir, Où tremble une étoile livide,
Un phare ironique, infernal, Flambeau des grâces sataniques, Soulagement et gloires uniques, - La conscience dans le mal!
Passer la porte
Le plus grand danger qui guette le Chaote c’est de cesser de reconnaître dans la non-dualité l’existence et la vérité, ou Sat-Chit-Ananda, être-conscience-béatitude. L’Hermite possède trois outils pour le guider : le Manteau, la Lampe et le Bâton. Sans ces trois outils, il se perdrait volontiers dans cet Abysse sombre et sans fin. Le personnage d’Hermann Hesse dit tout simplement dans son livre Le loup des steppes, que comme celui qui vit par l’épée doit périr par l’épée, celui qui vit par la liberté périra par la liberté. L’indépendant solitaire mourra dans la solitude, ses forces dispersées, perdu dans ce voile immense et sans fin. Cela me rappelle le monde des fées, où le malheureux qui se laissait tenter par elles était emmené, pour y passer un temps infini dans l’oubli et le plaisir de leur monde trompeur. Il se réveillait alors, soudainement, sans savoir que des années avaient passé ainsi dans le plus total oubli.
Nous sommes tous un peu dans ce « monde des fées », notre monde individuel, et c’est là toute la difficulté, mais toute la beauté du monde « astral »; celui subjectif de la conscience, de pouvoir partager le « rêve » avec les autres onironautes, avant que nous rejoignâmes tous ce grand Abysse…
Bibliographie
BAUDELAIRE, Charles. Les fleurs du mal. Éd. Gallimard et Librairie Générale Française, 256p.
COLIN, Didier. Manuel pratique d’Astrologie, éd. Hachette Pratique, 1998, 312p.
LEVY, David H. Guide pratique de l’Astronomie, Sélection Rider’s Digest, 1995 pour l’éd. Française, 288p.
Bardö Thodöl, ou Livre des Morts Tibétain
KNIGHT, Gareth. Guide pratique du symbolisme de la Qabal, Tome 1, Éd. Édiru, 273p.
ROWE, Benjamen. Enochian Temple: Generating the Abyss Experience with the Temple, 1992, Ebook, 3p.
SITCHIN, Zecharia. Genesis Revisited, Avon Books, 1990, 343 p.
Fra. TENEBROUS, Cults of Chtulhu, H. P. Lovecraft and the occult tradition, first published Daath Press ed. 1987, e-book 1998, 26p.
[1]« Dans le système Enochien, six des planètes sont attribuées aux six premières séphires de l’Arbre de vie. La septième, Saturne, regroupe les quatre dernières. Dans cette formulation le Senior de Saturne prend la place du Soleil en Tipheret comme gouverneurs des éléments, et le Roi Élémental abandone ses attributs solaires, relège son attribution secondaire au chemin de Shin, qui connecte Tipheret et Kether dans la version d’Achad [nda : Frater Achad] de l’Arbre de Vie.
Dans l’Arbre de Vie, cet effet centralisant du Soleil a pour conséquence normale de rassembler les forces supérieures de l’Arbre en Tipheret. Mais quand la force du Soleil est bloquée ou supprimée, l’énergie de ces Séphires est balancée dans l’espace vide du centre supérieur de l’Arbre. Le chemin de Shin passe par cet endroit, mais cela ne fournit aucun focus pour les forces des six séphires.* Chacune des séphires se trouve alors focusée en elle-même, et la force attractive de chacun attire également l’énergie de ce lieu central. Cet endroit fait l’expérience d’une attirance uniforme vers l’extérieur, résultant dans la dispersion de tout ce qui y serait placé. Un être conscient qui passerait le chemin de Shin percevrait cet effet comme l’expérience de l’Abysse.
* L’idée qu’une onzième séphire existe dans cette position est l’un des mensonges les plus vils jamais perpétrés. Il est malheureux que des érudits autrement compétents ont bâti leur réputation en répandant cette idée. Même s’il nous apparaît que quelque chose occupe le centre de l’hexagramme quand il est vu d’en bas de l’Arbre, son apparence est une hallucination totale. La conscience de Tipheret y voit une réflexion d’elle-même sur la surface des Grandes Eaux (…). »
(Extrait de : Generating the « Abyss » experience with the Temple, Benjamin Rowe, trad. libre 2009, Soror Pandora)
[2] Voici la liste complète des correspondances intéressantes tirées de son arbre :
Malkuth (Lilith), Yesod (Yig), Hod (Nyarlathotep), Netzah (Shub Niggurat), Tipheret (Azathot), Geburah (Hastur) et Chesed (Nodens), Daath (Yog Sothoth), Binah (Cthulhu), Chockmah (Kadath), Kether (Yuggoth).
|